Je suis rentré à Paris en 2020, juste après le confinement. C'est la ville où je suis né, et je m'y suis retrouvé étranger. Les terrasses rouvraient, les gens se retrouvaient, et je traversais tout ça sans y appartenir. Il m'a fallu longtemps pour rencontrer des gens qui remplissent le cœur. Ce projet vient de cette période-là.
MM — Máximo Misterio — est le personnage que j'ai construit pour la raconter. Manteau noir, chapeau, cravate. Il ne fait rien de particulier : il attend, il traverse, il regarde. Il est toujours à contretemps, trop tôt ou trop tard, jamais au moment où il faudrait. Autour de lui la ville continue — on bronze sur les quais, on se photographie devant les monuments. Personne ne le voit.
Je l'éclaire au flash, de jour comme de nuit. La lumière qui tombe sur lui n'est jamais celle de la scène : elle vient d'ailleurs, elle ne correspond à rien de ce qu'il y a autour. C'est ce qui le décolle du fond. Il n'est pas dans la ville — il est posé dessus.
Un homme en noir sous un réverbère, la nuit, c'est une image qu'on a déjà vue. Le même homme éclairé par une lumière qui n'existe pas dans la rue où il se tient, c'est autre chose.
Je le décale aussi exprès : hors des tiers, sur le bord du cadre, coupé par une branche. Faire le point sur lui au moment précis où personne ne le regarde.
Il arrive qu'il soit plusieurs dans la même image. Un seul homme, répété à travers la scène. C'est là que la série cesse de parler d'un individu et commence à parler d'un état : la solitude ne rétrécit pas, elle se multiplie.
Si je devais citer une filiation, ce serait Magritte : l'homme au chapeau, et cette manière de mettre dans une même image une lumière qui ne va pas avec l'heure. Le reste, je l'ai trouvé en marchant.